Rage et colère

L'absolue médiocrité de notre personnel politique (et du marigot qui l'entoure) me plonge dans une terrible colère.

Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi méritons nous une telle déchéance, une honte telle que nous n'osons même plus regarder nos enfants en face ! Que pourrions nous expliquer à nos descendants ? Que la tranquille sélection de nos élites a permis que soient toujours choisis les plus faibles, les plus malléables, les plus corrompus. Qu'une « culture de gouvernement » s'est solidifiée dans le seul but est de faire accepter l'inacceptable.

Une grande doxa libérale s'est installée depuis les années quatre-vingt. Pour ce dogme marmoréen, il est indispensable de diminuer le coût du travail pour que les investisseurs continuent d'investir. Cette injonction absolue se double d'une autre exigence fondamentale : la libre circulation des marchandises et des capitaux doit permettre aux investissements de se concentrer dans les lieux et les activités les plus profitables. Les conséquences sont catastrophiques sauf pour les détenteurs de capitaux.

Toute la classe dirigeante en est convaincue, « there is no alternative ! ». Il suffit au bon moment de choisir le parti et les hommes capables de faire accepter l'inacceptable à tous les perdants. Ce sont parfois les socialistes qui sont à même de réduire les exigences des salariés, des chômeurs, des retraités, des enseignants, des infirmières, des cheminots et des policiers... Parfois c'est un freluquet jupitérien qui est chargé des proférer les bonnes paroles de l'enfumage généralisé. Mais quand cela ne suffit pas, alors tous les moyens sont bons, la promotion du fascisme et la menace très réelle de la guerre.

Nous y sommes. Nous n'avons pas su contrer la montée des fausses bonnes idées. Nous avons raté le train des révoltes indispensables. Nous avons été désunis, frileux, désorientés. Nous avons sous-estimé l'incroyable cohérence des castes du pouvoir. Les rideaux de fumée ont obscurci tout horizon. Nous avons cru que notre empathie débonnaire et notre générosité sans limite allaient obliger le monde à aller mieux. Nous avons été bêtement naifs et stupidement bienveillants !

Il ne nous reste que la colère.

 

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