Les critiques actuelles du patriarcat me semblent nécessaires mais incomplètes. On déplore avec raison le comportement machiste et dominant des hommes males et l'on décrit avec justesse les fonctionnements délétères de leur psyché. Mais qu'en est-il des bases structurelles partagées qui permettent l'efficacité de la domination masculine ?
Le masculinisme d'aujourd'hui est promu par les mouvements fascistes mais le machisme et le virilisme toxique ne sont pas réservés aux hommes de droite !
Bien sûr, le patriarcat sous toutes ses formes a de solides appuis institutionnels et idéologiques. Mais je pense que la structure patriarcale de nos sociétés dites modernes relève d'une histoire, longue, complexe et rarement explicite.
Je vais essayer de classer les grandes entrées d'une telle démarche. Chacune de ces entrées mériterait une thèse entière. Ce dont je suis bien incapable ! Je suis donc dans l'obligation de survoler rapidement bien des chapitres et j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.
***********************************
Les grandes lignes de l'histoire du patriarcat.
Dès l'antiquité, les grandes civilisations qui entourent la Méditerranée sont des sociétés esclavagistes. Le corps des hommes et des femmes est objet de propriété. L'homme libre, le citoyen, n'est la propriété de personne. Le statut social d'un individu est défini par son rapport à la propriété des corps.
Je dois préciser au passage que cette conception du corps comme propriété possible n'est pas universelle. Les explorateurs européens, parcourant le monde avec leurs grosses lunettes, ne comprendront jamais cela...
La société féodale conserve dans sa structure hiérarchique la propriété des corps. Le servage, les rapports féodaux de protection et de dépendance, la constitution de guildes et de corporations, les privilèges des puissants, tout se fonde sur une appropriation des corps. La « foi jurée », celle de l'écuyer à son chevalier ou celle d'une nonne à son monastère sont des dons et soumissions corporelles, charnelles autant que spirituelles.
La révolution bourgeoise abolit les privilèges mais pas la propriété des corps. Elle libère les travailleurs de leur soumission aux corporations pour leur permettre de vendre librement leur force de travail. Le code civil napoléonien assujettit la femme et les enfants au père de famille. Le vote censitaire définit le riche propriétaire comme véritable citoyen.
Dans la société bourgeoise, le statut social des individus est directement basé sur leur statut de propriétaire. Si vous n'avez rien, vous n'êtes rien. Un homme intégré à la société bourgeoise possède sa maison, sa voiture, son chien, sa femme et ses enfants. Un homme qui bat son chien battra certainement sa femme. La violence des rapports de propriété légitime complètement la violence physique du propriétaire.
Un homme qui perd la propriété de sa femme et de ses enfants est dépouillé de tout et surtout de son statut social. Il n'est plus rien. La seule façon de conforter sa propriété exclusive est d'en jouir abusivement.